Le Laboratoire de Chimie de la Matière Condensée de Paris (LCMCP) est une unité mixte de recherche de l’UPMC, du CNRS et du Collège de France. Spécialisé dans les matériaux fonctionnels inorganiques ou hybrides organiques-inorganiques, le LCMCP s’attache à déterminer leurs modalités de production et explore leurs propriétés physico-chimiques à différentes échelles. Structuré en trois équipes de recherche (Matériaux Hybrides et Nanomatériaux ; Spectroscopies, Modélisation, Interfaces pour l’Environnement et la Santé ; Matériaux et Biologie), le laboratoire est reconnu internationalement pour l’importance et la qualité de sa production scientifique ce qui en fait aujourd’hui un laboratoire de référence (évaluation AERES 2013).

Les équipes du laboratoire se sont toujours préoccupées de la valorisation de leur activité et collaborent naturellement avec Lutech depuis sa création. Aujourd’hui plus de 20 dossiers sont en cours de transfert avec l’appui de la SATT.


Nous avons interrogé par téléphone Florence Babonneau, directrice du laboratoire et Directrice de recherche CNRS, afin de comprendre comment s’articulaient les activités de recherche et de transfert au sein du laboratoire.

Quelles relations entretient le laboratoire avec les entreprises ?

Florence Babonneau nous indique que le laboratoire entretient des relations historiques avec une dizaine de grandes entreprises actives dans le domaine de la chimie, principalement dans les secteurs des matériaux innovants, de l’automobile, de l’énergie et de la cosmétique. Les liens avec les PME sont moins nombreux.

Elle considère que les entreprises attendent de la part des laboratoires de recherche des réponses à leurs ambitions d’innovation et de développement. Elles sont aussi dans la perspective d’identifier parmi les étudiants en formation les futures compétences qu’elles intégreront. A terme, la présence dans de grandes entreprises de chercheurs formés au sein du laboratoire favorise et entretient naturellement des relations fortes de coopération et de valorisation. Florence Babonneau nous précise que la majorité des travaux de recherche proposés dans les projets des entreprises est menée au laboratoire.


Comment articulez-vous l’activité de valorisation et de transfert avec votre stratégie scientifique ?
(dans le rapport AERES on trouve dans les points forts du laboratoire : sa capacité à obtenir des ressources propres abondantes sans perdre le fil de sa stratégie scientifique – aussi bien sur des contrats industriels que sur des appels d’offre publics nationaux et européens – est impressionnante.)

Florence Babonneau considère que le succès du laboratoire dans le transfert de technologie repose à la fois sur les thématiques de recherche et sur la culture propre au laboratoire.

Le LCMCP développe son activité autour de l’étude des matériaux et de leurs propriétés : les chercheurs s’intéressent nécessairement aux applications pratiques qui en découlent et l’activité de transfert de technologie s’inscrit dans le prolongement du processus de recherche. Arrivée au laboratoire en 1980, Florence Babonneau constate qu’une attention constante a toujours été portée au développement de relations avec les entreprises. D’une manière générale, les chercheurs du laboratoire désirent mettre en valeur leurs travaux de recherche.

Elle considère que même si certaines thématiques de recherche sont plus à même que d’autres d’être développées dans le cadre de partenariats industriels, toute recherche est susceptible d’entraîner une action de valorisation. Dans le laboratoire, il existe de nombreux travaux qui relèvent de la recherche fondamentale et qui sont donc plutôt éloignés des considérations du monde de l’entreprise. Mais certains développements instrumentaux peuvent intéresser les industriels et conduire à des contrats de prestations de la part du laboratoire.


Quels sont les apports de Lutech au laboratoire et comment positionnez-vous la SATT dans votre stratégie ?

Florence Babonneau considère que Lutech est un outil utile et efficace, qui s’est intégré rapidement dans l’environnement du laboratoire. L’arrivée de la SATT a marqué un tournant dans l’activité de valorisation : elle permet désormais d’aller au-delà du dépôt de brevets, qui n’ouvraient généralement pas de suites pour les chercheurs, et de se préoccuper du développement.

Quatre ans après la création de la SATT, les chercheurs du laboratoire ont pour la plupart acquis le réflexe d’anticiper les résultats de leurs travaux et envisagent spontanément la faisabilité d’une action de valorisation. Florence Babonneau pense que les interactions entre les personnes y sont pour beaucoup : l’attention que certains chercheurs portent à l’engagement dans un programme de maturation entraîne d’autres chercheurs à envisager l’éventuelle valorisation de leur propres travaux.


Quelles recommandations pouvez-vous faire à des équipes de recherche qui souhaitent développer leur activité de transfert ?

Florence Babonneau souligne l’importance du facteur humain et la difficulté de généraliser une recommandation. Elle estime qu’il faut instiller progressivement une culture de la valorisation dans les laboratoires afin d’amener les chercheurs à considérer leurs propres travaux sous cet angle.

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